TL;DR:
Idée centrale : « Gratuit » ne veut pas toujours dire « vous êtes le produit ». Dans le FOSS, la gratuité vient surtout du coût marginal quasi nul de distribution et d’un choix de partage, pas d’une monétisation cachée des usagers.
Pourquoi les services “gratuits” des géants du web monétisent l’utilisateur : ils ont des coûts d’infrastructure continus et se financent souvent via publicité + collecte massive de données (profilage, ciblage, revente indirecte).
Pourquoi le parallèle ne tient pas pour le logiciel libre : code ouvert, usage/modification/redistribution possibles; la communauté peut auditer et détecter plus facilement des comportements abusifs.
Nuance importante : open source ≠ automatiquement vertueux; des produits “basés sur du libre” peuvent quand même inclure télémétrie/composants propriétaires (ex. Chrome vs Chromium).
Modèles économiques typiques du FOSS (sans vendre les données) :
- Dons / mécénat / crowdfunding (fondations, communautés).
- Subventions publiques / académiques et partenariats.
- Services payants autour du logiciel : support, formation, intégration, hébergement, dev sur mesure (modèle “gagnant-gagnant”).
- Double licence / freemium / open core : édition communautaire libre + options entreprise payantes.
- Contributions en nature : code, documentation, tests, traduction → “financement” par la participation.
Modèles fréquents côté propriétaire (surtout quand “gratuit”) :
- Publicité ciblée et économie de l’attention.
- Exploitation/revente de données (parfois via courtiers).
- Verrouillage technologique (vendor lock-in) : formats fermés, migration difficile → dépendance.
- Mises à niveau forcées / obsolescence logicielle et abonnements imposés.
Différences “idéologiques” qui ont des effets concrets :
- Liberté & pérennité : plus de contrôle à long terme; possibilité de fork si l’éditeur change de cap.
- Transparence : moins de “boîte noire”; audit possible; confiance renforcée.
- Autonomie & flexibilité : choix du prestataire, personnalisation, interopérabilité via standards ouverts.
Souveraineté numérique (pour PME québécoises) :
- Choisir où les données sont hébergées (sur site / hébergeur local).
- Réduire les risques liés à l’exterritorialité et mieux soutenir la conformité (ex. Loi 25/RGPD).
- Éviter la collecte cachée et garder la maîtrise des flux de données.
Exemple 1 — Nextcloud :
- Suite collaborative auto-hébergeable (fichiers, co-édition, agenda, talk…).
- Valeur : cloud souverain + contrôle des accès + options de chiffrement.
- Modèle : logiciel libre + services/édition entreprise optionnels (support, outils avancés), pas de publicité.
Exemple 2 — Odoo :
- ERP modulaire (CRM, ventes, stock, projets, etc.) en version Community libre.
- Valeur : remplacer plusieurs outils SaaS, centraliser les données, personnaliser via modules.
- Modèle : freemium (Enterprise payant), et écosystème d’intégrateurs/consultants locaux.
Conclusion :
- Dans le FOSS, l’utilisateur est généralement client/partenaire (voire contributeur), pas une ressource à exploiter.
- Pour une PME : le libre est autant un choix pragmatique (coûts, flexibilité, réduction du risque de dépendance) qu’un choix éthique (vie privée, transparence, souveraineté).
« Si c’est gratuit, c’est vous le produit. »
« Si c’est gratuit, c’est vous le produit. » Cette maxime bien connue s’applique à de nombreux services numériques offerts par les géants du web. Nous savons par exemple que les réseaux sociaux et outils « gratuits » des grandes plateformes financent leur fonctionnement grâce à nos données personnelles et à la publicité ciblée : en réalité, c’est notre attention et nos informations qui sont monétisées. Mais qu’en est-il du logiciel libre (FOSS, pour Free and Open-Source Software) ? Ces applications libres et ouvertes, souvent téléchargeables sans frais, cachent-elles le même piège ? L’utilisateur de LibreOffice, Linux ou Nextcloud serait-il, lui aussi, transformé en produit à son insu ?
Dans cet article narratif et pédagogique, nous allons démystifier l’équation « gratuit = vous êtes le produit » dans le contexte du logiciel libre, et montrer en quoi les modèles open source échappent à cette logique. Nous comparerons les modèles économiques des logiciels libres et des logiciels propriétaires afin de comprendre comment les projets FOSS s’auto-financent sans recourir à la revente des données des usagers. Nous explorerons également les différences philosophiques (liberté, autonomie, transparence) entre ces deux mondes et leurs conséquences concrètes pour les utilisateurs professionnels. La souveraineté numérique ; c’est-à-dire le contrôle de vos données et de vos outils ; sera au cœur de notre réflexion, avec l’idée que le logiciel libre permet de reprendre les rênes de son destin numérique, sans collecte cachée de renseignements personnels. Enfin, deux exemples récents de solutions open source bénéfiques pour les PME québécoises viendront illustrer ces principes dans la pratique. Bonne lecture !
Gratuit, open source… et pourtant vous n’êtes pas le produit
« Rien n’est gratuit » dit l’adage. Lorsque Facebook, Google ou d’autres offrent un service sophistiqué sans facturer l’utilisateur, c’est forcément que l’argent rentre ailleurs. Le plus souvent, c’est la publicité basée sur la collecte massive de données qui finance ces services « gratuits ». Nos profils, nos comportements en ligne, nos interactions deviennent des marchandises : comme le résume crûment un expert, « si c’est gratuit, l’utilisateur est le produit vendu. ». Ce modèle a fait ses preuves pour les plateformes propriétaires : en 2024, Google a généré plus de 350 milliards de dollars de chiffre d’affaires essentiellement grâce à la publicité. On comprend pourquoi de telles entreprises tiennent tant à capter nos données et à nous rendre dépendants de leur écosystème.
Face à ces constats, on pourrait penser que toute gratuité cache nécessairement un piège. D’aucuns, méfiants, en viennent à se demander s’il faut également se méfier des logiciels libres « gratuits » comme Firefox, Linux ou LibreOffice. Après tout, si un produit est offert sans contrepartie financière, où est l’arnaque ? Heureusement, le parallèle ne tient pas dans le cas du FOSS. La nature même du logiciel libre explique cette différence : il s’agit d’outils dont le code source est ouvert et que n’importe qui peut utiliser, modifier et redistribuer. Une fois développé, le coût de diffusion d’un logiciel libre est quasi nul, ce qui permet de le proposer gratuitement sans arrière-pensée mercantile. En d’autres termes, la gratuité du libre est un choix de partage, rendu possible par son mode de production collaboratif, et non un appât pour vendre autre chose.
« Un logiciel libre et gratuit fait par une organisation à but non lucratif comme Mozilla n’a pas grand-chose à voir avec un service commercial comme Facebook, qui coûte chaque jour à fournir. » 💬 ; Tristan Nitot, fondateur de Mozilla Europe
Cette citation illustre bien la distinction. Distribuer une copie de Firefox ou de Linux ne coûte pratiquement rien une fois que le logiciel a été développé (souvent grâce à des bénévoles ou des subventions initiales). En revanche, faire tourner un réseau social mondial ou une plateforme cloud propriétaire engage des coûts d’infrastructure énormes chaque jour ; centres de données, bande passante, ingénieurs en maintenance ; et suppose donc une source de revenus continue. Si l’usager ne paie pas d’abonnement, c’est que ses données, elles, paient la facture. Dans le cas du logiciel libre, il n’y a pas de facture cachée de ce genre. La communauté ou l’organisation à l’origine du projet a financé son développement en amont, et choisit délibérément de le mettre à disposition de tous. La gratuité est ici un aboutissement logique (coût marginal zéro) et un engagement philosophique, pas un trompe-l’œil.
Bien sûr, cela ne signifie pas que tout logiciel libre est vertueux par essence et que toute offre gratuite propriétaire est nuisible ; il existe des contre-exemples des deux côtés. On peut citer le cas de Google Chrome : le navigateur de Google est en grande partie basé sur le projet libre Chromium, mais il intègre des composants propriétaires et envoie de multiples données télémétriques à Google. Néanmoins, ces exceptions confirment la règle : lorsqu’un logiciel libre est développé et soutenu par une communauté ou une entité sans but lucratif, l’utilisateur n’est pas un produit dont on monétise les données. Au contraire, bien souvent c’est l’utilisateur lui-même qui est au centre du projet : il peut contribuer, donner son avis, voire participer à l’élaboration de l’outil. Comme nous allons le voir, le modèle économique du libre est totalement différent de celui des géants du « gratuit commercial », et repose sur d’autres leviers que la vente de données personnelles.
Deux modèles économiques opposés : partage collaboratif vs. monétisation cachée
Pour bien comprendre pourquoi le logiciel libre n’a pas besoin de faire de l’utilisateur une marchandise, penchons-nous sur la façon dont ces projets s’auto-financent. Car si la licence libre empêche de vendre des copies du logiciel, cela ne signifie pas qu’aucune ressource n’est nécessaire pour le créer et le maintenir. Simplement, le financement se fait selon des modèles alternatifs, éthiques et transparents, très différents de ceux des éditeurs propriétaires classiques.
💝 Financement des logiciels libres : dons, services et coopérations
La plupart des projets FOSS combinent plusieurs approches pour subvenir à leurs besoins :
- Dons des utilisateurs et mécénat : C’est l’un des piliers historiques du libre. Des fondations ou associations à but non lucratif (comme la Mozilla Foundation pour Firefox, la Document Foundation pour LibreOffice, etc.) collectent des dons de la part d’utilisateurs reconnaissants ou d’entreprises intéressées par le projet. Ces contributions volontaires peuvent être ponctuelles (campagnes de dons annuelles, crowdfunding) ou régulières (donateurs récurrents). Wikipedia, par exemple, finance ses serveurs et ses développeurs grâce aux appels aux dons du grand public plutôt qu’à la publicité. De même, le gestionnaire de blog Dotclear a longtemps vécu grâce à une petite équipe de bénévoles passionnés et au soutien de sa communauté. L’avantage de ce modèle est son alignement avec l’intérêt des utilisateurs : la communauté finance directement l’outil qu’elle utilise, sans intermédiaire cupide. La contrepartie, c’est une certaine incertitude financière ; il faut convaincre les usagers de contribuer, ce qui n’est pas acquis d’avance ; et parfois des moyens limités par rapport aux géants commerciaux.
- Subventions publiques et partenariats : De nombreux logiciels libres existent grâce à des financements institutionnels ou académiques. Par exemple, des programmes gouvernementaux ou européens soutiennent le développement d’outils open source jugés stratégiques (sécurité, infrastructure, éducation numérique, etc.). Des laboratoires de recherche financent aussi des projets libres innovants. Par ailleurs, des entreprises privées peuvent commanditer des améliorations ou de nouvelles fonctionnalités sur un projet libre qu’elles utilisent, contribuant ainsi indirectement à son financement. Ce sponsoring oriente parfois le développement (les sponsors pouvant exprimer des besoins précis), mais il permet d’injecter des fonds tout en bénéficiant à l’intérêt général. On a vu des géants du numérique investir dans Linux ou Firefox pour en soutenir l’écosystème, sans pour autant s’approprier le projet (le code restant ouvert).
- Services professionnels et support : C’est le modèle qu’ont adopté bon nombre d’entreprises open source pour être rentables sans vendre le logiciel lui-même. Le code est libre et gratuit, mais autour de lui gravitent des offres payantes de support technique, de formation, de conseil, d’hébergement cloud ou de développement sur mesure. Ainsi, une PME peut utiliser un logiciel libre sans frais, puis décider de payer une société spécialisée pour l’aider à l’installer, l’adapter à ses besoins ou former ses employés. Ce modèle de prestations de services est gagnant-gagnant : l’utilisateur obtient un appui professionnel quand il le souhaite, et l’éditeur (ou l’intégrateur) du logiciel libre génère des revenus tout en restant fidèle à l’esprit ouvert du projet. Red Hat, par exemple, a bâti son succès sur la distribution Linux en offrant des abonnements de support aux entreprises, tout en gardant le code source de Red Hat Enterprise Linux librement accessible. De même, la suite bureautique OnlyOffice, alternative libre à MS Office, est gratuite, mais l’entreprise qui la développe vend des services d’hébergement en ligne et de maintenance aux organisations qui le désirent.
- Double licence ou offres « Freemium » : Certains éditeurs combinent le meilleur des deux mondes en proposant deux versions de leur produit : une édition communautaire libre et gratuite, et une édition « Entreprise » comportant des modules additionnels ou un support premium, vendue sous licence commerciale. Ce modèle freemium est utilisé par exemple par Odoo (ERP open source dont nous reparlerons) : l’immense majorité des fonctionnalités sont disponibles gratuitement en open source (Odoo Community), tandis que des fonctionnalités avancées ou l’hébergement cloud Odoo sont proposés moyennant un abonnement (Odoo Enterprise). L’utilisateur PME peut donc démarrer sans frais, puis choisir de payer pour des fonctions spécifiques ou pour la commodité d’un service géré. L’éditeur, lui, tire des revenus de ces versions premium sans forcer la main : l’utilisateur reste libre de sa décision, il n’est pas prisonnier du logiciel.
- Communauté et contributions en nature : Enfin, il ne faut pas oublier que nombre de projets libres vivent grâce à des contributions non financières : le temps que des développeurs bénévoles investissent pour coder, que des utilisateurs consacrent à documenter le projet, à traduire l’interface, à tester et remonter des bugs, etc. Cet apport en ressources humaines équivaut à un financement indirect, qui renforce la qualité du logiciel. En somme, le logiciel libre prospère souvent dans un modèle d’innovation partagée, où chacun bénéficie du travail de tous. C’est un cercle vertueux : plus la communauté s’agrandit, plus le logiciel s’améliore, attirant de nouveaux utilisateurs et donc de potentiels contributeurs ou clients de services.
En combinant ces différentes sources (dons, subventions, services, offres premium…), les projets open source parviennent généralement à couvrir leurs frais et à durer. Cette diversification est un atout : si une source de revenu se tarit, une autre peut prendre le relais. Surtout, ces modèles n’impliquent jamais de brader les données personnelles de l’utilisateur. Comme l’écrit Tristan Nitot, ex-président de Mozilla : le financement d’un logiciel libre ne passe pas par la collecte des données privées de l’utilisateur. Par conséquent, l’usager n’a pas à craindre qu’en utilisant l’outil, il « paye » avec sa vie privée.
💰 Monétisation des logiciels propriétaires : données, publicité et dépendance
À l’opposé, le modèle des logiciels propriétaires ; en particulier ceux offerts gratuitement par des firmes commerciales ; repose bien souvent sur des stratégies où l’utilisateur génère des profits malgré lui. La plus évidente est la monétisation publicitaire : vos interactions et informations personnelles servent à vous profiler, puis à vous afficher des annonces ciblées, vendues aux annonceurs. C’est le moteur de la plupart des services « gratuits » grand public : réseaux sociaux, messageries, moteurs de recherche, plateformes vidéo… Toutes ces données agrégées et analysées valent de l’or pour orienter le marketing. Cela va très loin : par exemple, une application mobile gratuite de suivi de santé pourra enregistrer discrètement vos habitudes pour les revendre à des courtiers en données, qui les revendront à leur tour à des assureurs ou publicitaires du secteur médical. Le produit payant, ce n’est plus l’appli ; c’est vous et vos données.
Une autre méthode de monétisation, plus subtile, est celle du verrouillage technologique (ou dépendance induite). Il s’agit pour un éditeur propriétaire de vous rendre dépendant de sa solution au point que s’en passer devient difficile, puis d’en tirer profit. Comment ? Par exemple en stockant vos données dans des formats fermés et non compatibles ailleurs, de sorte que vos informations sont prisonnières du logiciel. Si vous essayez de migrer vers un autre outil, l’opération s’avère coûteuse, complexe, voire impossible : il faut convertir les données, parfois manuellement, avec le risque de pertes. Beaucoup d’entreprises clientes renoncent alors à changer de fournisseur, même si le tarif augmente. C’est exactement l’effet recherché : un enfermement qui permet d’imposer ses conditions. On retrouve cette pratique dans certains ERP ou CRM propriétaires qui utilisent des bases de données au format propriétaire, ou dans des suites bureautiques fermées qui ne respectent pas les standards ouverts.
Par ailleurs, les éditeurs propriétaires misent sur des ventes additionnelles et mises à jour forcées. Le concept d’obsolescence programmée logicielle est bien réel : on cessera de supporter la Version X de votre logiciel pour vous inciter à acheter la Version Y l’an prochain. Parfois, le logiciel peut même se désactiver si vous ne rachetez pas une licence à intervalles réguliers. Ces stratégies commerciales font en sorte que le client continue de payer longtemps après l’achat initial, en maintenant une forme de dépendance financière.
En résumé, les modèles à but lucratif cherchent à monétiser l’utilisateur soit directement, soit indirectement. Soit l’utilisateur paie de sa poche (licence, abonnement récurrent), soit, s’il ne paie pas, l’entreprise trouve un moyen pour tirer de la valeur autrement ; le plus souvent via les données personnelles ou via la création d’un écosystème captif. Cette philosophie est radicalement opposée à celle du libre, où la relation avec l’utilisateur est fondée sur la transparence et la coopération plutôt que sur l’exploitation.
Il est important de noter que tous les logiciels propriétaires n’usent pas de ces méthodes abusives : dans le monde professionnel, beaucoup de logiciels commerciaux se financent par des licences claires et un bon service, sans espionner l’usager. Cependant, le risque existe car le modèle fermé s’y prête : le code étant secret, l’éditeur peut y cacher des mécanismes de collecte de données ou des limitations volontairement frustrantes (par ex. des fonctionnalités bloquées dans la version gratuite pour pousser à l’achat de la version payante dite freemium). L’utilisateur, lui, n’a pas réellement son mot à dire, ni moyen de vérifier ce qui se trame en coulisses.
Ainsi, entre logiciel libre et logiciel propriétaire, la différence de modèle économique est flagrante. Dans le libre, l’utilisateur est un partenaire, parfois un contributeur, et on cherche avant tout à répondre à ses besoins via un effort collectif. Dans le propriétaire gratuit, l’utilisateur est une ressource à exploiter, un réservoir de données ou un public captif que l’on peut monnayer. Cette divergence trouve son origine dans des valeurs et des visions du numérique fondamentalement distinctes, que nous allons maintenant examiner.
Liberté, autonomie, transparence : des idéaux aux avantages concrets
Le fossé entre FOSS et logiciel privateur n’est pas qu’une affaire de gros sous : il tient aussi à des idéologies différentes. Le mouvement du logiciel libre s’appuie depuis les années 1980 sur des principes éthiques affirmés : la liberté de l’utilisateur prime, la collaboration est encouragée, et la transparence du code est de mise. En face, le monde propriétaire valorise le contrôle exclusif par l’éditeur, le secret industriel et la rentabilité financière. Ces choix philosophiques entraînent des conséquences très pratiques pour les utilisateurs professionnels, en termes de droits, de sécurité et de pérennité.
Liberté et pérennité : vous gardez le contrôle, à long terme
Un logiciel libre vous accorde d’emblée les « quatre libertés » définies par la Free Software Foundation : utiliser le programme sans restriction, étudier son fonctionnement (grâce au code source ouvert), modifier le programme pour l’adapter à vos besoins, et redistribuer des copies, modifiées ou non. Dit autrement, vous n’achetez pas un simple droit d’usage limité : vous possédez véritablement le logiciel (collectivement, avec la communauté). Cela change tout. Vous pouvez installer l’outil sur autant de postes que voulu, l’intégrer dans vos propres systèmes, le dupliquer pour un partenaire… sans craindre de violation de licence. Vous pouvez traduire l’interface en français si elle ne l’est pas encore, ou engager un développeur pour ajouter la fonctionnalité spécifique dont votre entreprise a besoin. Cette liberté d’adaptation fait que le logiciel libre peut évoluer avec vous, au lieu de vous enfermer dans un cadre figé.
« Le logiciel libre n’est pas qu’une question de prix (qui est relatif) ; c’est avant tout une question de liberté, de contrôle et de pérennité. » 💬 ; Guide « Logiciel libre pour les PME »
Comme le souligne ce guide à destination des petites entreprises, le vrai bénéfice du libre est là : garantir votre autonomie et la durabilité de vos investissements numériques. Vous n’êtes pas tributaire du bon vouloir d’un fournisseur unique. Si l’éditeur arrête le développement du logiciel ou fait faillite, le code restant ouvert, la communauté peut reprendre le flambeau ; vous pourrez migrer vers un fork (dérivé) maintenu par d’autres plutôt que de tout perdre du jour au lendemain. Si l’éditeur décide de changer sa tarification ou ses conditions d’utilisation de manière unilatérale, cela n’affectera pas votre version auto-hébergée du logiciel libre. Vous gardez les rênes. À l’échelle d’une PME, cela signifie moins de risques stratégiques : votre activité ne sera pas prise en otage par une décision extérieure (comme l’augmentation soudaine de l’abonnement à un SaaS propriétaire ou l’abandon d’un logiciel que vous utilisiez intensivement).
En outre, la liberté de redistribution vous permet de partager vos outils avec vos partenaires, vos clients, vos filiales, etc. Imaginons que vous déployiez un logiciel libre de gestion de projets : vous pourrez tout à fait l’installer chez un sous-traitant pour faciliter la collaboration, ce qui serait interdit avec la plupart des logiciels propriétaires (où chaque entité aurait besoin de sa propre licence). Cette flexibilité organisationnelle, bien que moins tangible, peut représenter un atout compétitif dans la façon dont vous intégrez vos systèmes avec votre écosystème d’affaires.
Transparence et confiance : fini la boîte noire
Lorsque vous utilisez un logiciel propriétaire classique, vous êtes plongé dans une boîte noire. Vous devez faire confiance à l’éditeur sur parole : confiance que le programme fait bien ce qu’il prétend, qu’il n’espionne pas vos activités, qu’il n’exfiltre pas discrètement vos données vers un serveur inconnu. Malheureusement, l’histoire a montré que cette confiance est souvent mal placée. Des scandales ont éclaté où des applications envoyaient des informations sans le consentement de l’usager, ou comportaient des portes dérobées permettant à l’éditeur (ou à des agences de renseignement) de surveiller les utilisateurs. Avec un logiciel libre, ce genre de dissimulation est pratiquement impossible, car le code étant public, des dizaines de paires d’yeux indépendants peuvent l’examiner. Dès qu’une ligne de code suspecte apparaît, la communauté la repère et la signale. La transparence du Libre est garante de la confiance qu’on peut lui accorder, contrairement au logiciel propriétaire opaque qui peut contenir des fonctionnalités cachées pour des motifs mercantiles ou de surveillance. Cette vérifiabilité objective est cruciale pour des applications sensibles (pensons aux logiciels de vote électronique, aux outils de chiffrement, ou même aux outils métiers manipulant des données stratégiques).
Du point de vue d’une entreprise, savoir que l’on peut auditer le code source procure une assurance. Même si, en pratique, peu de PME ont les moyens d’inspecter tout le code qu’elles utilisent, le simple fait que le code soit accessible à la communauté mondiale offre une garantie de qualité et de sécurité. Les failles sont souvent détectées et corrigées plus rapidement car tout expert en sécurité peut contribuer au diagnostic. On évite également le risque qu’une fonctionnalité malicieuse soit introduite via une mise à jour automatique forcée : dans le libre, chaque modification de code est publique, traçable, discutée. Cette transparence renforce l’éthique du logiciel : un éditeur open source qui commencerait à trahir ses utilisateurs… se trahirait lui-même, car ceux-ci pourraient aussitôt créer une version alternative sans ces travers.
En somme, la transparence se traduit par une relation de confiance renouvelée entre l’utilisateur et le logiciel. Vous n’êtes plus dans un rapport de suspicion ou de résignation (« Je subis cet outil dont j’ignore tout ; j’espère qu’il ne fait rien de mauvais… »). Au contraire, vous pouvez apprivoiser le logiciel, l’appréhender comme un élément clair de votre système d’information, et même participer à son amélioration si vous en avez les compétences ou les ressources. Nombre de DSI d’entreprises témoignent qu’avec l’open source, elles dorment mieux la nuit : pas de risque de se faire couper un service du jour au lendemain parce qu’on a refusé de payer telle option, pas d’angoisse qu’une inspection RGPD découvre un mouchard inconnu dans l’appli, etc.
Autonomie et flexibilité : maîtres chez vous, jusqu’au bout
Liberté et transparence conduisent à un bénéfice central pour les utilisateurs : l’autonomie. Choisir le logiciel libre, c’est un peu comme passer en mode « propriétaire de sa maison » après avoir été locataire précaire. Vous gagnez une autonomie technologique qui a de multiples facettes :
- Indépendance vis-à-vis d’un fournisseur : Vous pouvez utiliser un logiciel libre sans être lié à l’éditeur qui l’a créé. Par exemple, vous pouvez déployer un serveur Nextcloud (outil de partage de fichiers) sans jamais contacter la société Nextcloud GmbH si vous ne le souhaitez pas. Si demain cette société ferme, votre Nextcloud continuera de fonctionner, et vous pourrez obtenir du support d’une tierce partie ou de la communauté. Cette indépendance se traduit par un pouvoir de négociation accru pour les entreprises utilisatrices : ce n’est plus « prenez-le ou laissez-le » face à un contrat de licence propriétaire. Avec le libre, si le prestataire de service ne convient plus, vous pouvez en changer plus aisément, puisque le nouveau prestataire pourra reprendre la main sur le même logiciel (pas de changement complet de solution nécessaire).
- Interopérabilité et standards ouverts : Le logiciel libre s’appuie généralement sur des formats de données ouverts et des standards publics. En effet, sans accès au code, impossible d’avoir un format propriétaire secret ; la communauté documente les formats utilisés, garantissant que vos données ne seront pas bloquées dans un silo. Cela facilite grandement les échanges entre systèmes et la migration en cas de besoin. Pour une PME, cette interopérabilité signifie qu’on peut faire communiquer le logiciel libre avec d’autres outils (comptabilité, CRM, site web…) via des API ouvertes, là où un logiciel fermé vous aurait peut-être imposé sa suite complète pour espérer dialoguer en interne. On évite ainsi l’effet « boule de neige » où l’adoption d’un logiciel propriétaire force à en adopter d’autres du même éditeur pour cause d’incompatibilité avec le reste du monde.
- Adaptabilité métier : Un logiciel libre offre souvent une flexibilité de personnalisation bien supérieure. S’il manque une fonctionnalité, vous pouvez la développer (ou la faire développer) puisque vous avez accès aux entrailles du programme. Dans les faits, il existe souvent des extensions ou modules communautaires répondant à des besoins spécifiques, qui viennent s’ajouter à la solution de base. Par exemple, de nombreux ERP libres disposent de plugins créés par la communauté pour des réglementations locales ou des secteurs de niche. L’utilisateur peut ainsi façonner l’outil à son usage, au lieu de plier ses processus aux limites d’un logiciel propriétaire rigide. Cette adaptabilité est un avantage compétitif : votre logiciel s’adapte à votre métier, et non l’inverse. Pour une PME innovante ou ayant des processus originaux, c’est souvent décisif.
En valorisant liberté, transparence et autonomie, l’approche open source tend à redonner le pouvoir aux utilisateurs. On passe d’une logique de consommation subie à une logique de participation active. Cela peut demander un investissement initial (en compétence, en temps pour se familiariser, etc.), mais les bénéfices à moyen et long terme sont considérables en termes de coûts évités, de maîtrise des risques et de capacité d’innovation. C’est aussi pour cela que de plus en plus d’administrations publiques et de sociétés privées adoptent le libre : elles y voient un moyen de rester maîtres de leur informatique, plutôt que de la déléguer entièrement à des fournisseurs extérieurs. Ce constat rejoint la notion de souveraineté numérique, que nous approfondissons maintenant.
Souveraineté numérique : reprendre le contrôle de vos données et de vos outils
Lorsque vos données d’entreprise sont hébergées sur des serveurs à l’étranger, dans une application propriétaire dont vous ignorez tout du fonctionnement interne, pouvez-vous vraiment dire que vous en avez le contrôle ? La souveraineté numérique désigne la capacité, pour une organisation ou une collectivité, à garder la main sur ses systèmes d’information, ses logiciels et ses données, en accord avec ses lois et ses intérêts. C’est un enjeu crucial à l’ère du cloud omniprésent et des GAFAM dominants. Pour les PME québécoises, cela recouvre des réalités concrètes : où sont stockées vos données clients ? Qui peut y accéder ? Dépendez-vous d’un fournisseur unique de logiciel dont les serveurs sont hors du Canada ? Autant de questions sensibles, notamment au regard des obligations légales (pensons à la Loi 25 au Québec ou au RGPD en Europe) en matière de protection des informations personnelles.
Le logiciel libre apporte ici des réponses uniques pour renforcer la souveraineté numérique des utilisateurs. D’une part, il n’embarque pas de mouchards cachés siphonnant vos données à votre insu, comme on l’a vu précédemment. D’autre part, il vous permet d’auto-héberger vos solutions ou de choisir un hébergeur de confiance, en évitant les écosystèmes fermés qui aspirent vos données vers des serveurs hors de portée.
« Avec le logiciel libre, vous avez un contrôle total sur vos données : vous savez où elles sont stockées (sur vos propres serveurs, ou chez un hébergeur de confiance que vous choisissez). » 💬 ; Guide PME et logiciels libres
Cette citation du guide illustre comment un logiciel libre, couplé à un hébergement maîtrisé, garantit que vos données restent chez vous. Par exemple, en utilisant un Nextcloud installé sur un serveur au Québec (chez vous ou chez un fournisseur local), vous vous assurez que vos fichiers, emails, agendas et autres informations de collaboration demeurent dans le périmètre juridique canadien, soumis aux lois québécoises et canadiennes, et non susceptibles d’être extraites par un tiers étranger via le Patriot Act ou autre mécanisme extra-territorial. Cette localisation maîtrisée est de plus en plus demandée par les régulateurs : la Commission d’accès à l’information du Québec encourage les entreprises à savoir précisément où transitent et où reposent les données personnelles qu’elles traitent. Avec une solution open source, c’est vous qui décidez : pas de cloud imposé par l’éditeur du logiciel, pas d’obligation d’envoyer vos données dans le datacenter de la Silicon Valley. Vous pouvez opter pour un cloud souverain local ou pour vos propres serveurs.
Au-delà de la localisation, il y a aussi la question de la collecte et revente des données personnelles. Un logiciel libre bien conçu n’en pratique généralement aucune, en tout cas pas sans le consentement explicite de l’utilisateur. Les projets libres sont souvent très respectueux de la vie privée : par exemple, Mozilla Firefox ne récolte que des données télémétriques minimales (et anonymisées) nécessaires à son amélioration, et le fait de manière transparente. D’autres, comme le moteur de recherche Qwant ou l’outil d’analyse web Matomo, mettent en avant le fait qu’ils ne revendent aucune donnée personnelle et n’affichent pas de publicité personnalisée. Cette éthique est souvent un argument de vente du libre : « nous ne sommes pas intéressés par vos données ». Comme le disait Tristan Nitot, si l’on se demande « comment ce logiciel est financé », dans le cas d’un logiciel libre il ne l’est pas par vos données personnelles. Cette indépendance financière vis-à-vis de nos informations sensibles est un soulagement pour les entreprises utilisatrices : elles n’ont pas à craindre que leur outil partage des listes de leurs clients avec qui que ce soit, ou que des analyses de leurs usages soient revendues à des fins de marketing.
Au contraire, les solutions libres aident souvent à protéger les données. D’abord parce qu’elles sont transparentes (on voit ce qu’elles font, comme expliqué précédemment). Ensuite parce qu’elles intègrent fréquemment des outils de sécurité évolués : chiffrement de bout en bout des données, gestion fine des autorisations, journaux d’audit pour tracer les accès, etc. Par exemple, Nextcloud (que nous détaillerons comme cas d’usage) est conforme par conception au RGPD européen et offre des options de chiffrement avancées pour garantir la confidentialité des fichiers. En utilisant Matomo plutôt que Google Analytics, une PME peut analyser la fréquentation de son site web sans déposer de cookies de suivi invasifs et sans transférer de données à Google ; une manière d’être RGPD-friendly et de rassurer ses propres clients sur la non-exploitation de leurs visites.
Enfin, choisir le libre participe à un écosystème numérique plus ouvert et équitable. Plutôt que d’enrichir toujours les mêmes monopoles en leur cédant la maîtrise de vos données, vous soutenez une alternative où la valeur est distribuée localement (par exemple via des prestataires québécois qui vont vous aider sur de l’open source). C’est un élément souvent mis en avant par les défenseurs de la souveraineté numérique : le logiciel libre favorise l’indépendance collective en plus de l’indépendance individuelle. Il permet à des talents locaux de s’approprier la technologie, de la modifier, de la diffuser. À l’échelle d’un territoire, cela renforce la capacité d’innovation et réduit la dépendance vis-à-vis de l’étranger.
En résumé, le modèle open source évite la collecte et la marchandisation des données personnelles, et il offre aux PME la possibilité de garder leurs données sous contrôle, géographique et technique. C’est un gage de conformité réglementaire (respect des lois de protection des données) et de tranquillité d’esprit. Là où les services « gratuits » des GAFAM vous enferment dans un échange inégal (service contre données), le logiciel libre vous redonne les clés : vos données restent vos données. Après avoir exploré tous ces avantages théoriques, penchons-nous maintenant sur deux exemples concrets de logiciels libres qui incarnent ces principes et apportent une réelle valeur ajoutée aux PME, ici même au Québec.
Deux exemples de solutions libres au service des PME québécoises
Rien de tel que des cas pratiques pour illustrer comment la philosophie et les atouts du logiciel libre se traduisent dans la vie d’une entreprise. Voici deux logiciels libres récents qui connaissent un succès grandissant auprès des petites et moyennes entreprises québécoises. Nous verrons en quoi ils sont utiles, quels avantages spécifiques ils offrent, et comment leur modèle économique fonctionne sans faire de l’utilisateur un produit.
Nextcloud : votre cloud d’entreprise en toute souveraineté
Nextcloud est une plateforme collaborative libre qui permet de créer son propre espace de travail en ligne, à l’image des services cloud comme Google Drive, Dropbox, Microsoft 365, etc. Sauf qu’ici, vous gardez le contrôle total. Nextcloud s’installe sur le serveur de votre choix (un serveur dans vos locaux ou un hébergement cloud au Québec, par exemple) et offre à vos employés un ensemble d’outils intégrés : partage de fichiers, synchronisation dans un dossier type Drive, édition collaborative de documents (traitement de texte, tableur via OnlyOffice ou Collabora Online), gestion d’agenda et contacts, messagerie instantanée et visioconférence (module Nextcloud Talk), etc. C’est une suite complète de travail collaboratif qui a l’apparence et la convivialité des solutions des grandes plateformes, les risques en moins.
Pour une PME, Nextcloud répond à plusieurs besoins contemporains : faciliter le travail à distance (très sollicité depuis la pandémie) en offrant un bureau virtuel partagé, améliorer l’efficacité en centralisant les documents et communications, tout en assurant la confidentialité des échanges et la conformité juridique. Les données de l’entreprise restent hébergées localement, chiffrées si besoin, et ne transitent plus par des serveurs américains. Cela élimine bien des inquiétudes liées aux lois extraterritoriales et aux fuites de données. D’ailleurs, Nextcloud est conforme au RGPD de par sa conception même, ce qui en fait un choix rassurant pour les organisations soucieuses de vie privée.
Concrètement, imaginons une PME de design industriel à Montréal : avant, ses fichiers (dessins, devis, rapports) étaient partagés tant bien que mal par email ou via un compte Dropbox. Elle décidait d’utiliser la suite Google pour la coédition mais craignait de perdre la maîtrise de ses données sensibles (plans techniques, etc.) sur des serveurs hors Canada. En adoptant Nextcloud, elle met en place son propre nuage privé : tous les employés accèdent aux dossiers partagés via une interface web ou mobile conviviale, collaborent en temps réel sur les documents, échangent sur le chat intégré, organisent des visioconférences internes ; le tout sans aucune fuite vers un tiers non autorisé. L’entreprise peut imposer que l’instance Nextcloud soit hébergée chez un prestataire local (il existe des hébergeurs québécois spécialisés dans Nextcloud, comme Koumbit à Montréal), garantissant que les données restent sur le sol canadien. On est là en plein dans la souveraineté numérique appliquée : c’est l’entreprise qui fixe les règles de où et comment ses informations sont stockées et protégées, sans subir les conditions d’un géant du web.
Du point de vue avantages et modèle économique : Nextcloud est un projet open source porté par une entreprise (Nextcloud GmbH) et une vaste communauté. Le logiciel en lui-même est entièrement gratuit et libre : n’importe quelle PME peut le télécharger et l’installer sans frais de licence. L’éditeur gagne de l’argent en vendant des services Enterprise facultatifs : par exemple, du support technique 24/7, des outils de supervision avancés (Nextcloud Guard), des formations, et l’accès à certaines applications destinées aux grands déploiements (intégration approfondie à Active Directory, etc.). C’est un modèle open core classique : 95 % des fonctionnalités sont libres, 5 % sont proposées en plus pour ceux qui souhaitent payer un abonnement pro. Importantly, cela n’affecte en rien l’utilisateur standard qui profite déjà d’une solution complète sans débourser un sou, et surtout sans faire l’objet de publicité ou de vente de données ; Nextcloud ne fait aucune publicité et ne scanne pas vos fichiers, par contraste avec un Google Drive qui alimente l’écosystème Google avec vos infos.
Le succès de Nextcloud est parlant : adopté par des universités, des hôpitaux, des administrations publiques en Europe, et de plus en plus d’entreprises privées. Au Québec, plusieurs PME et organisations ont déjà fait le pas. Par exemple, la Municipalité de Lac-Mégantic a annoncé en 2023 utiliser Nextcloud pour son infrastructure documentaire afin de garantir que les données municipales restent au Canada et pour réduire sa dépendance aux outils Microsoft. De même, des agences gouvernementales fédérales canadiennes testent Nextcloud dans le cadre de politiques « Cloud First » hybrides. Ces exemples montrent que Nextcloud est mûr et crédible : on n’est pas face à un outil artisanal, mais bien face à une alternative professionnelle soutenue par une équipe experte (comptant d’anciens développeurs d’OwnCloud, etc.) et une communauté internationale active.
En choisissant Nextcloud, une PME québécoise bénéficie donc d’une plateforme collaborative moderne, sécurisée et souveraine. Elle économise sur les coûts d’abonnement à Microsoft 365 ou Google Workspace (Nextcloud étant sans licence par utilisateur, il suffit d’héberger la solution), tout en gagnant en confiance : plus de craintes que les documents internes soient analysés à des fins commerciales. L’utilisateur n’est clairement plus un produit : il redevient le client, voire l’acteur, d’une solution qu’il maîtrise.
Odoo : un ERP libre pour gérer son entreprise sans dépendance
Odoo est un autre exemple phare de logiciel libre plébiscité par les PME, et notamment au Québec ces dernières années. Il s’agit d’un ERP (Enterprise Resource Planning) modulaire open source, c’est-à-dire un ensemble d’applications de gestion intégrées couvrant de multiples besoins de l’entreprise : gestion des ventes et des clients (CRM), facturation et comptabilité, gestion des stocks et des achats, gestion de projets, ressources humaines, site web et e-commerce, marketing, etc. Odoo se distingue par sa flexibilité : chaque entreprise peut n’installer que les modules dont elle a besoin et personnaliser l’outil à volonté. La version Odoo Community est entièrement gratuite et son code est ouvert (licence LGPL), tandis qu’une version Odoo Enterprise propose des fonctionnalités additionnelles avancées et un support officiel, moyennant un abonnement par utilisateur.
Pourquoi Odoo a-t-il un tel succès auprès des PME ? Parce qu’il offre une alternative crédible aux logiciels de gestion propriétaires tout-en-un, souvent très coûteux et peu flexibles. Au Québec, beaucoup de petites entreprises utilisaient un patchwork de solutions : un logiciel de compta ici, un outil de facturation SaaS là, un vieux système Access pour gérer l’inventaire, etc. Avec Odoo, elles peuvent unifier toutes ces fonctions dans un seul système cohérent, qui plus est en français, conforme aux normes locales (taxes, etc.), et sans frais de licence initiale. Selon une étude citée par Blue Fox, intégrateur Odoo à Montréal, plus de 8 200 PME québécoises utilisaient Odoo en 2025, et 62 % d’entre elles le font via la version Community libre (sans abonnement). Cela démontre le fort attrait de la solution libre dans le tissu entrepreneurial local.
Prenons un exemple concret pour illustrer les avantages : une PME de distribution basée à Québec avait 7 outils logiciels distincts pour gérer ses opérations (QuickBooks pour la compta, Excel pour les stocks, HubSpot pour le CRM, Mailchimp pour les emailings, etc.). Outre le casse-tête d’intégration entre ces outils, les abonnements cumulés lui coûtaient une fortune. Elle a décidé de migrer vers Odoo Community : en un an, elle a pu remplacer 7 applications par les modules Odoo équivalents, le tout intégré dans une même plateforme. Résultat : 18 000 $ d’économies par an sur les abonnements logiciels, une base de données client unique au lieu de multiples listings dispersés, et une bien meilleure efficacité interne. De plus, grâce à la communauté Odoo, elle a trouvé des modules gratuits pour adapter l’ERP à certaines particularités québécoises (par exemple, un module de calcul de la TPS/TVQ sur les factures, ou une connexion à Desjardins pour les paiements).
Du point de vue modèle économique, Odoo est un cas intéressant : l’éditeur (une société belge) a misé sur l’open source pour conquérir le marché des PME à l’échelle mondiale. La version gratuite Community sert d’appel d’air et répond déjà aux besoins de base de milliers d’entreprises sans qu’elles déboursent rien ; d’où ce large taux d’adoption. Ensuite, un certain pourcentage d’utilisateurs monte en gamme vers la version Enterprise payante pour obtenir des modules avancés (par exemple la comptabilité analytique poussée, l’IA prédictive pour la gestion de stocks, etc.) ou bénéficier du support officiel 24/7 d’Odoo S.A. Ce modèle freemium est transparent : on sait ce qui est gratuit et ce qui est payant. À aucun moment l’utilisateur Community n’est exploité ou limité artificiellement : il a une vraie solution fonctionnelle entre les mains, évolutive, qu’il peut même combiner avec des développements maison si besoin. L’éditeur, lui, monétise sa valeur ajoutée (le support et les modules premium) sans jamais verrouiller le client. En effet, un client Odoo Enterprise reste propriétaire de ses données en local, et s’il cesse de payer l’abonnement Enterprise, il conserve la version Community sans perdre ses données ; juste les modules Enterprise deviennent inactifs. Ce respect de l’utilisateur est notable par rapport à d’autres ERP du marché qui, une fois qu’on arrête de payer, vous coupent purement et simplement l’accès au logiciel ou à vos données.
Autre point fort d’Odoo : sa communauté et l’écosystème local. Au Québec, une communauté Odoo Québec existe, avec des forums, des groupes d’entraide, et plusieurs entreprises locales (intégrateurs, consultants) capables d’implémenter Odoo chez les clients et d’offrir un support de proximité. Cela signifie qu’une PME peut bénéficier de l’aide de partenaires québécois, en français, connaissant son contexte, pour déployer la solution libre. Cette dynamique locale est stimulée par l’ouverture du code : des indépendants se forment sur Odoo Community et proposent leurs services, créant ainsi de l’emploi local dans le numérique. D’après des chiffres de 2025, 43 % des PME québécoises sur Odoo Community ont fait appel à des pigistes ou firmes locales pour personnaliser l’ERP à leurs besoins spécifiques, stimulant ainsi l’économie régionale du logiciel libre. On le voit : le libre favorise un cercle vertueux où tout le monde gagne, du client final aux prestataires en passant par l’éditeur (qui profite de la large diffusion de son produit).
En termes d’utilité métier, Odoo apporte aux petites entreprises des outils de gestion intégrés dignes des grands comptes, sans le coût prohibitif d’un SAP ou Oracle ERP. Son interface moderne et modulable permet d’accompagner la croissance de la PME : on peut démarrer avec 2 modules et en ajouter au fil du temps, à la carte. La personnalisation est un autre avantage clé : grâce à son architecture open source, Odoo peut être adapté précisément (champs spécifiques, workflows propres à l’entreprise, etc.), là où un ERP propriétaire exigerait de payer des développements exclusifs hors de prix (quand c’est possible). Cette agilité est particulièrement appréciée dans des secteurs variés au Québec : agroalimentaire, coopératives, startups technologiques, organismes à but non lucratif… tous y trouvent un socle commun de gestion, adaptable à leur réalité.
Enfin, sur la question de la souveraineté et des données, Odoo Community peut être hébergé sur un serveur de l’entreprise ou chez un hébergeur québécois, assurant là aussi que les données (comptables, clients, etc.) restent au Canada et sous contrôle. Certaines PME choisissent Odoo justement parce qu’elles veulent éviter de confier leurs données de gestion à un SaaS étranger. Odoo le permet, tout en restant facile d’utilisation. De plus, des initiatives gouvernementales encouragent la migration vers ce type d’outils : par exemple, le programme de subvention de Recyc-Québec mentionné par Blue Fox aide financièrement les entreprises qui abandonnent des logiciels propriétaires (souvent obsolètes) pour des solutions plus modernes comme Odoo. Ceci témoigne d’une reconnaissance institutionnelle de l’intérêt du logiciel libre pour la compétitivité et l’autonomie numériques des PME.
En somme, Nextcloud et Odoo illustrent parfaitement comment « gratuit » ne rime pas avec « vous êtes le produit » dans le monde du libre. Nextcloud offre un environnement collaboratif complet où l’utilisateur garde la maîtrise de ses données ; Odoo propose un outil de gestion puissant sans coûts cachés ni dépendance forcée. Dans les deux cas, l’utilisateur (qu’il soit entrepreneur, DSI ou employé) est au centre de la proposition de valeur, et non une simple variable d’ajustement monétisée. Ces solutions sont adoptées parce qu’elles répondent aux besoins concrets (travailler efficacement, mieux gérer son entreprise) tout en incarnant des valeurs de confiance, de liberté de choix et de respect de la vie privée.
Conclusion : Le choix du libre, un investissement gagnant pour les PME
En parcourant ces arguments et exemples, une conclusion s’impose : non, utiliser un logiciel libre gratuit ne fait pas de vous « le produit ». Au contraire, cela tend à faire de vous un acteur responsabilisé de votre informatique, aux commandes de vos outils plutôt qu’assujetti aux conditions d’un fournisseur.
Loin des modèles opaques où l’utilisateur sert de monnaie d’échange, le logiciel libre propose un pacte clair : il vous donne des libertés (d’usage, de modification, de partage) et en échange il attend éventuellement votre contribution volontaire, que ce soit par un don, un feedback, ou juste en faisant partie de la communauté d’usagers. Aucune exploitation sournoise de vos données personnelles n’est nécessaire pour faire vivre ce modèle. Les projets open source ont démontré qu’ils pouvaient prospérer grâce à la mutualisation des ressources, au soutien direct des utilisateurs et à des offres de services équilibrées. C’est un écosystème où la confiance et la transparence remplacent la surveillance et la captation.
Pour les PME québécoises, adopter le logiciel libre n’est pas qu’une affaire de convictions éthiques : c’est aussi un choix pragmatique qui peut apporter des bénéfices tangibles. Réduction de coûts de licences, indépendance vis-à-vis des fournisseurs, conformité aux lois de protection des données, sécurité renforcée, flexibilité d’évolution… autant d’arguments qui résonnent dans un contexte où le numérique est à la fois une opportunité et un risque. Sans tomber dans un discours anti-propriétaire caricatural (chaque entreprise doit choisir les outils en fonction de ses besoins, et certains logiciels propriétaires peuvent convenir), il est clair que le libre mérite d’être sérieusement envisagé dans toute stratégie informatique. Ne serait-ce que pour éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier d’un éditeur unique, ou pour reprendre la main sur des éléments critiques de son infrastructure logicielle.
En choisissant des solutions FOSS, une PME envoie aussi un message à ses clients et partenaires : celui de la confiance et du respect. Confiance, parce qu’elle s’appuie sur des logiciels éprouvés, audités par la communauté, garants d’une certaine éthique. Respect, parce qu’elle-même évite de collecter outre mesure les données de ses clients (par exemple si elle utilise Matomo au lieu de Google Analytics sur son site web, ou Nextcloud au lieu de forcer ses clients à passer par Dropbox). Le logiciel libre peut ainsi devenir un avantage concurrentiel en matière d’image et de marketing, en plus de ses avantages opérationnels.
En conclusion, loin de l’ancien cliché du « gratuit = bas de gamme », le monde du libre nous montre que « gratuit et libre peut rimer avec qualité, pérennité et éthique ». La prochaine fois que vous entendrez « Si c’est gratuit, c’est toi le produit », vous pourrez répondre : « Pas toujours ! Pas quand c’est du logiciel libre. » L’utilisateur d’un logiciel libre n’est pas un produit, c’est un contributeur potentiel, un membre de la communauté, un client que l’on respecte. Pour les PME qui hésitent encore, le moment est idéal pour explorer ces alternatives ouvertes qui allient économie et autonomie. Adopter un ERP open source, une suite collaborative libre ou tout autre outil FOSS, ce n’est pas seulement économiser de l’argent : c’est investir dans une relation plus saine avec la technologie, où vos intérêts d’utilisateur rejoignent ceux du fournisseur. En fin de compte, le logiciel libre remet l’utilisateur au centre ; et n’est-ce pas là où il a toujours dû être ?
Sources et bibliographie
- Standblog ; « De l’irrésistible attrait de la gratuité », commentaires de Tristan Nitot (Mozilla) expliquant la différence entre la gratuité d’un logiciel libre (coût de diffusion nul) et celle d’un service propriétaire comme Facebook (financé par la publicité). 29 septembre 2015.
- Les Enovateurs ; « Si c’est gratuit, c’est toi le produit : comment l’économie numérique engloutit nos données ». Article de François Druel et Laura Dufresne analysant le modèle des GAFAM fondé sur la collecte des données personnelles et la publicité ciblée. 2020/2024.
- ZDNet (blog L’esprit libre) ; « Le logiciel libre contre la surveillance : “nécessaire mais pas suffisant” ». Thierry Noisette résume le livre Surveillance:// de Tristan Nitot ; extrait soulignant que le financement d’un logiciel libre ne se fait pas par la collecte des données personnelles (ex : Dotclear par des bénévoles, Wikipedia par dons). Mis à jour 29 avril 2024.
- ZDNet (blog L’esprit libre) ; ibid. Extrait sur la transparence du logiciel libre qui est « garante de la confiance », par opposition à la « boîte noire » du logiciel propriétaire pouvant contenir des portes dérobées (pressions mercantiles ou gouvernementales).
- Guide du logiciel libre pour les PME ; Abilian (2023). Section 3.1.4 « Les modèles économiques du logiciel libre » listant les principales sources de financement des projets libres : support et services payants, double licence (libre/commerciale), dons des utilisateurs, financement participatif, sponsoring par des entreprises, et modèle « Open Core ».
- Digiassist ; « Le financement des logiciels libres : modèle économique et défis ». Article de blog (16 déc. 2024) décrivant les approches de financement du FOSS (dons vs sponsoring vs services commerciaux) et l’importance de diversifier ces sources pour la durabilité des projets.
- Guide du logiciel libre pour les PME ; Abilian (2023). Extraits de la section 3.2 sur les risques des logiciels propriétaires (formats de fichiers fermés verrouillant les données de l’utilisateur, manque de flexibilité, dépendance au fournisseur, failles de sécurité non visibles et possibles backdoors cachées).
- Guide du logiciel libre pour les PME ; Abilian (2023). Passage définissant ce qu’est vraiment le logiciel libre : « pas seulement une question de gratuité, mais avant tout de liberté, de contrôle et de pérennité » ; notion clef pour les PME.
- Kermeur (blog IE) ; « Nextcloud : un outil incontournable pour l’intelligence économique » par Frédéric Mouffle. Article (29 nov. 2024) présentant Nextcloud comme solution open source sécurisée pour collaborer sur des données sensibles, en évitant les risques des plateformes cloud propriétaires. Insiste sur la conformité RGPD et le contrôle total des données via l’auto-hébergement.
- Nextcloud ; Site officiel, page Entreprises (consultation 2025). Informations sur la philosophie Nextcloud : l’éditeur n’impose pas de stocker les données dans son cloud, possibilité de déploiement sur site ou chez divers partenaires (« retrouver leur souveraineté numérique »). Tableau comparatif Community vs Enterprise montrant qu’aucune publicité n’est présente, y compris dans la version gratuite.
- Blue Fox ; « Odoo Community vs Enterprise : la solution open source idéale pour les PME québécoises ». Article de blog (2025) détaillant les différences entre Odoo Community (gratuit, open source, 30+ modules de base) et Odoo Enterprise (payant, modules avancés, support). Donne des statistiques d’adoption : 21 038 entreprises utilisent Odoo dans le monde en 2025 dont 8 200 PME québécoises, et 62 % optent pour la version Community pour sa flexibilité et son coût nul.
- Blue Fox ; ibid. Exemple concret d’une PME montréalaise ayant remplacé 7 outils SaaS par Odoo Community, aboutissant à 18 000 $ d’économies annuelles et à une centralisation de ses données dans un système unique.
- Blue Fox ; ibid. Avantages de choisir Odoo Community au Québec : conformité à la Loi 25 (hébergement local, données chiffrées), existence d’un écosystème de support local (CELL Québec, intégrateurs, etc.), subventions disponibles pour migrer depuis des logiciels propriétaires, et impact économique positif (freelances locaux sollicités pour des personnalisations, stimulant l’économie numérique régionale).
- Guide du logiciel libre pour les PME ; Abilian (2023). Section 3.3.3 « Souveraineté numérique » définissant la souveraineté numérique pour une PME : « ne pas dépendre de fournisseurs étrangers… garantir la confidentialité et la sécurité de vos données… contribuer à un écosystème ouvert et équitable. Le logiciel libre est un outil puissant pour renforcer votre souveraineté numérique. »