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Une charte graphique sans payer de licence : la stack libre

Polices, photos, icônes, outils : comment produire un guide de marque crédible avec des assets sous CC0 et licences permissives, sans rien payer.

TL;DR : une charte graphique professionnelle, ça se monte avec des polices sous SIL OFL (Lexend, Inter, Atkinson Hyperlegible), des photos Pexels et Unsplash, des icônes Phosphor ou Tabler, et des outils libres comme Penpot et Inkscape. Coût en licences : zéro. Coût en temps : quelques après-midis. Le résultat tient la route et reste 100% à vous.

Vous démarrez votre OBNL. Vous devez livrer un site web, des cartes professionnelles, un PowerPoint pour le CA, peut-être un kakémono pour un kiosque. La graphiste que vous avez consultée vous demande 6 500 $ pour un guide de marque complet. La firme d'à côté, 12 000 $. Et ça, c'est avant la déclinaison sur les supports.

Pour bien des PME et OBNL au Québec, ce montant n'existe pas dans le budget. Sauf que sans charte graphique, le site fait peur, les présentations sont incohérentes, et chaque employé pige une police différente sur sa machine.

Il y a une autre voie : assembler une charte graphique propre avec des assets en licence libre. CC0, SIL Open Font License, MIT, Apache 2.0 : ces licences permettent de bâtir une identité visuelle complète, utilisable commercialement, sans payer un sou de redevances. Voici la recette qu'on utilise chez nos clients qui n'ont pas 10 000 $ à mettre dans une marque.

Le concept

Une charte graphique, c'est un document qui définit comment votre marque se présente : la police principale et secondaire, la palette de couleurs, le logo et ses déclinaisons, le ton des photos, les icônes, les règles de mise en page. Ça peut faire 5 pages comme 80, selon la taille de l'organisation.

L'idée derrière une charte 100% libre, c'est de remplacer chaque achat par un équivalent communautaire. Pas une version dégradée gratuite : un asset de qualité professionnelle, conçu par des designers ou des fondations qui ont choisi de le partager sous licence permissive. Vous ne payez pas la création, mais vous bénéficiez du travail de milliers de contributeurs.


La typographie : Lexend comme cas d'école

Une marque sérieuse a au moins une police de titres et une police de corps de texte. Vous pouvez avoir les deux pour zéro dollar.

Lexend est un excellent exemple. C'est une famille de polices variables conçue par Bonnie Shaver-Troup et Thomas Jockin, pensée spécifiquement pour améliorer la lisibilité et la fluence de lecture. Elle est distribuée sous SIL Open Font License 1.1, ce qui veut dire : usage commercial autorisé, modification autorisée, intégration dans des produits autorisée, sans redevance.

Vous pouvez la télécharger directement sur Google Fonts, l'auto-héberger via Fontsource, ou la livrer dans le dossier Marque de votre Nextcloud à toute votre équipe. Pas de licence par poste, pas d'abonnement Adobe Fonts.

Pour la police secondaire ou pour titrer, des centaines d'autres polices sous SIL OFL existent : Inter, Public Sans, Source Sans 3, Atkinson Hyperlegible (conçue par le Braille Institute pour les lecteurs malvoyants), Recursive, Outfit, Manrope. Toutes utilisables commercialement, sans attribution requise dans la plupart des cas.

Le critère pour choisir : prendre des polices avec une famille complète (regular, italic, bold, et idéalement les graisses 300 à 800), un bon support des accents français, et idéalement une version variable pour le web.


Les images : Pexels, Unsplash et leurs cousins

Les photos d'illustration sont l'autre poste budgétaire qui explose vite. Une banque comme Shutterstock vend ses images à l'unité à partir de 29 $ US, ou en abonnement à partir de 25 $ US par mois pour 10 images sur un plan annuel. Pour une PME qui produit du contenu régulièrement, ça peut grimper à plusieurs milliers de dollars par année.

Trois plateformes couvrent la vaste majorité des besoins :

Pexels : photos et vidéos sous licence Pexels, usage commercial autorisé, attribution non requise. Le catalogue est gros, la qualité est variable mais souvent excellente.

Unsplash : licence similaire, usage commercial autorisé sans attribution. Le style est plus uniforme (esthétique « moderne ») et la qualité moyenne plus élevée. Note : si vous intégrez l'API Unsplash dans une appli, l'attribution devient obligatoire pour ce cas précis.

Pixabay : photos, vectoriels et vidéos sous Pixabay License, usage commercial autorisé sans attribution. Plus large que Pexels et Unsplash en termes de variété, incluant des illustrations et des cliparts.

Pour les besoins plus pointus, deux ressources additionnelles : Wikimedia Commons (souvent CC-BY ou CC0, à vérifier image par image, énorme catalogue de photos historiques, scientifiques, architecturales) et Openverse (l'agrégateur de WordPress qui indexe Flickr, Smithsonian, NASA et d'autres).

Le piège à éviter : les images générées par IA qui se glissent dans Pexels et Unsplash depuis quelques années. Pas illégal, mais souvent détectables et parfois maladroites. Filtrez si vous voulez du « vrai ».

Les icônes : un vivier mature

Les icônes, c'est probablement le secteur où le libre a le plus écrasé le commercial. Les bibliothèques libres modernes sont meilleures que la majorité des packs payants d'il y a 5 ans.

Phosphor : 1 500+ icônes uniques déclinées en 6 styles (mince, léger, régulier, gras, plein, double tracé), licence MIT. Probablement la plus polyvalente.

Lucide : 1 700+ icônes, fork communautaire de Feather Icons, licence ISC. Style minimaliste, ligne fine, très lisible.

Tabler Icons : 6 000+ icônes en SVG sous licence MIT, grille 24×24 cohérente avec un trait de 2 px. Très utilisé dans les tableaux de bord.

Heroicons : 316 icônes par les créateurs de Tailwind CSS, licence MIT. Style cohérent, quatre variantes (outline, solid, mini, micro).

OpenMoji : alternative libre aux emojis Apple/Google, sous CC-BY-SA 4.0. Pratique quand vous avez besoin de pictogrammes expressifs sans dépendre du rendu de chaque système d'exploitation.

Pour la charte, l'enjeu est de choisir UNE bibliothèque et de s'y tenir. Mélanger Phosphor et Heroicons casse la cohérence visuelle même si chaque icône est belle. Notre conseil : Phosphor pour la richesse, Tabler pour les interfaces denses, Heroicons pour les sites simples.

Les couleurs : sortir du « bleu corporatif »

La palette de couleurs ne s'achète pas, elle se choisit. Mais les outils pour la construire valent la peine d'être nommés.

Coolors : générateur de palettes en ligne, version gratuite suffisante pour produire une charte (10 palettes sauvegardées, exports HEX, RGB, HSL, variables CSS ou SCSS). La version Pro retire les pubs et lève les limites.

Realtime Colors : permet de prévisualiser une palette directement sur une maquette de site. Excellent pour tester avant de figer.

WebAIM Contrast Checker : outil gratuit pour valider que vos combinaisons de couleurs respectent les ratios WCAG (4.5:1 pour le texte normal, 3:1 pour le grand texte). Indispensable si vous visez la conformité d'accessibilité.

Open Color : palette open source maintenue par Yeun Park, sous licence MIT. Pensée pour les interfaces, avec 13 familles de couleurs et 10 nuances par famille, déjà calibrées pour le contraste.

Le critère pour la charte : 1 couleur primaire, 1 secondaire, 1 d'accent, plus une échelle de gris. Cinq couleurs maximum, sinon ça part dans tous les sens dès que quelqu'un d'autre que vous met la main à la pâte.


Les outils pour assembler le tout

Pour produire le PDF final de la charte, vous avez le choix entre plusieurs outils libres :

Penpot : équivalent libre de Figma, hébergeable chez vous ou utilisable en SaaS gratuit. Permet de monter le guide visuel page par page, avec composants réutilisables et système de tokens (variables de design qui se synchronisent entre maquette et code).

Inkscape : éditeur SVG vectoriel, parfait pour le logo et toutes les déclinaisons (favicon, version horizontale, version monochrome, version sur fond foncé).

GIMP : pour les photos, les retouches, les compositions raster. Pas aussi raffiné que Photoshop, mais 95% des besoins courants y passent.

Scribus : pour la mise en page d'un PDF de charte de 40 à 60 pages, c'est l'équivalent libre d'InDesign. Sortie PDF/X conforme pour l'impression professionnelle.

LibreOffice Impress ou Draw : pour produire les gabarits internes (présentations, lettres, en-têtes) que les employés vont effectivement utiliser. Parce qu'une charte qui vit dans un PDF que personne n'ouvre, ça ne vaut rien.

Notre stack par défaut quand on aide nos clients à faire leur première charte :

  1. Police de titres et de corps : on aime beaucoup Lexend ou Inter (SIL OFL)
  2. Photos : Pexels en premier, Unsplash en complément
  3. Icônes : Phosphor en style régulier
  4. Couleurs : Coolors pour générer, WebAIM pour valider l'accessibilité
  5. Mise en page : Penpot pour le visuel, Scribus pour le PDF final
  6. Gabarits internes : LibreOffice, livrés dans Nextcloud à toute l'équipe


Les angles morts

Tout n'est pas couvert par le libre, et il faut être précis sur ce qui ne l'est pas.

Le logo lui-même : il faut quelqu'un pour le concevoir. Vous pouvez utiliser des outils libres pour le dessiner, mais l'idée créative et la composition demandent un designer (interne, pigiste ou agence). Un logo générique tiré d'un générateur, ça se voit à 100 mètres.

Les photos de votre équipe et de vos lieux : Pexels n'a pas de photo de votre directrice ni de votre atelier. Une séance photo professionnelle reste utile, et c'est probablement le meilleur 1 500 $ que vous mettrez dans votre marque.

L'illustration sur mesure : si votre marque a besoin d'illustrations originales (mascotte, scènes spécifiques, infographies de marque), il faut commander à un illustrateur. Les banques d'illustrations libres comme unDraw (licence custom, usage commercial sans attribution) dépannent pour le web, mais c'est reconnaissable.

La direction artistique : assembler des assets libres ne remplace pas le jugement de quelqu'un qui sait quelle police va avec quelle couleur, et pourquoi. Si vous n'avez personne avec ce profil dans l'équipe, il faut consulter, ne serait-ce que pour 4 ou 5 heures de revue.


Chez Blue Fox

Quand on accompagne un client sur une refonte de marque, on ne se positionne pas comme agence de branding. Notre rôle, c'est d'assembler la stack technique pour que la charte vive : un Nextcloud avec un dossier Marque versionné où l'équipe trouve les polices, le logo en plusieurs formats, les gabarits LibreOffice. Souvent un Penpot auto-hébergé pour les itérations.

On collabore avec des graphistes pigistes qui acceptent de livrer en formats ouverts (SVG pour le logo, sources Inkscape ou Penpot). Le client repart avec ses fichiers sources, pas juste un PDF figé. S'il change de prestataire dans 3 ans, son guide est encore éditable.

On peut aussi monter le dépôt Nextcloud, les gabarits LibreOffice et l'instance Penpot pour votre équipe. Parlons de votre identité de marque.


À qui revient le mérite

Quand vous payez une licence Adobe Fonts ou Shutterstock, votre argent va à un fournisseur. C'est légitime, c'est leur métier. Mais quand vous bâtissez votre charte avec Lexend, Pexels et Phosphor, vous bénéficiez du travail de Bonnie Shaver-Troup, de milliers de photographes, de l'équipe Phosphor, de la Braille Institute pour Atkinson Hyperlegible, des contributeurs de Penpot, d'Inkscape, de GIMP. Des humains qui ont décidé de partager leur travail pour que d'autres puissent en faire quelque chose.

Ça ne veut pas dire que c'est gratuit pour eux. Beaucoup vivent de dons, de mécénat, de contrats parallèles, ou simplement de la satisfaction de contribuer. Si vous adoptez leur travail, vous pouvez le rendre : un don à un projet libre quand votre OBNL touche son financement, un crédit visible dans votre charte (« Polices : Lexend par Bonnie Shaver-Troup, sous SIL OFL »), une mention dans votre rapport annuel, un retour de bug à Inkscape.

Une charte de marque libre, ce n'est pas un raccourci pour économiser. C'est rejoindre un réseau de professionnels qui ont décidé que la qualité visuelle ne devrait pas être réservée aux organisations capables de payer 12 000 $ pour un guide de marque. C'est un choix politique autant qu'économique. Et accessoirement, ça produit d'excellents résultats.


On jase de votre marque?

Si vous démarrez ou refondez votre identité visuelle et que vous voulez l'assembler avec une stack libre, on peut vous donner un coup de main.


Sources

Rencontres : notre module Odoo pour que les ordres du jour et comptes rendus arrêtent de vivre dans Word
Un module maison sous licence libre qui couvre le cycle complet d'une rencontre : ordre du jour, événement calendrier, compte rendu, décisions, présences, et tâches à discuter qui apparaissent d'elles-mêmes au prochain OdJ admissible